La santé mentale, un sujet tabou encore aujourd’hui?

La santé mentale, définie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme étant “un
état de bien‑être permettant à chacun de réaliser son potentiel, de surmonter les tensions
normales de la vie, d’accomplir un travail productif et de contribuer à la vie de sa
communauté”, demeure aujourd’hui un sujet très sensible, voire tabou, dans les sociétés
africaines, y compris la société sénégalaise.


Le fardeau de la santé mentale au Sénégal est lourd : les troubles tels que la dépression,
l’anxiété ou encore le syndrome du stress post-traumatique sont fréquents de nos jours.
Entre stigmatisation et honte, malgré les progrès réalisés dans la compréhension des
troubles mentaux, des personnes en souffrent toujours en silence.


Nous verrons quelles sont les raisons liées à ce tabou et quelles conséquences cela peut
entraîner. Cet article explore les obstacles, les conséquences et les pistes de solutions pour
favoriser une déconstruction de la santé mentale comme sujet tabou et une meilleure prise
en charge des populations.

Le poids des croyances traditionnelles

Au Sénégal, de nombreuses personnes croient que les troubles mentaux peuvent être
causés par des esprits surnaturels, tels que la possession, les malédictions ou le mauvais
œil.


Cette vision spirituelle des maladies mentales pousse de nombreuses familles à chercher
des solutions auprès des guérisseurs traditionnels ou des marabouts. Cette approche
s’accompagne de rituels ou de sacrifices destinés à chasser les mauvais esprits ou à
restaurer l’équilibre spirituel.


La santé mentale reste un sujet sensible et longtemps stigmatisé. La stigmatisation liée à la
santé mentale est causée par des croyances erronées, des préjugés, des peurs et des
stéréotypes. Elle prend plusieurs formes : la stigmatisation publique, à travers les regards et
préjugés de la société, et la stigmatisation interne, qui touche les membres de la famille et
les proches. Ces attitudes entraînent des conséquences comme la honte, la culpabilité et
l’isolement social.


Les conséquences du tabou

La honte et la culpabilité

La honte et la culpabilité sont des conséquences courantes du tabou entourant la santé
mentale dans la société sénégalaise. Les personnes qui souffrent de troubles mentaux
peuvent ressentir de la honte en raison de la stigmatisation et des préjugés qui les
entourent.


La honte peut les empêcher de parler ouvertement de leurs problèmes et de chercher de
l’aide, mais aussi les amener à se sentir inférieures ou “anormales”. À cela s’ajoute la
culpabilité, qui accentue la souffrance et le silence. Les personnes à la santé mentale fragile
peuvent se sentir coupables de ne pas être capables de “se ressaisir” ou de “se prendre en
main”. La peur du regard et du jugement des autres peut enfoncer les maux, amenant ces
personnes à s’auto‑juger et aggravant leurs symptômes, puisqu’elles n’iront pas chercher de
l’aide.

La place attribuée à la famille dans la société sénégalaise, la pression sociale et les
croyances traditionnelles constituent un frein majeur à la prise en charge de la santé
mentale. En outre, un isolement social s’impose à ces personnes souffrant de troubles
mentaux.



L’isolement social

L’isolement social est défini comme un état de séparation de la société, caractérisé par un
manque de contacts et une absence de participation aux activités collectives.


Au Sénégal, l’isolement social des personnes souffrant de troubles mentaux est courant et
peut avoir des conséquences graves sur leur santé et leur bien-être. Il est exacerbé par des
facteurs culturels et sociaux tels que la stigmatisation et le manque de ressources.


L’aggravation des symptômes, la dépression et l’anxiété, la perte d’autonomie et d’identité,
ainsi que la diminution de la qualité de vie fragilisent davantage la santé mentale et peuvent
augmenter les risques de suicide. À cela s’ajoute le manque de soutien des familles et des
amis, qui deviennent souvent les premiers juges.


Au Sénégal, les chiffres sont préoccupants : selon Pressafrik.com, dix‑huit cas de suicide
ont été recensés depuis janvier 2025, dont soixante‑six pour cent de femmes. Les données
montrent également que quatre‑vingt‑dix pour cent des victimes souffraient d’un trouble
mental, notamment la dépression, les troubles bipolaires et la schizophrénie. L’alerte est
lancée : comment briser le silence ?


Comment briser le silence ?

Briser le silence sur la santé mentale passe par la lutte contre la stigmatisation, l’expression
ouverte des émotions et la recherche d’aide professionnelle sans honte. Il est crucial de
normaliser ces conversations, d’écouter sans juger, de redéfinir la force en valorisant
l’empathie et la vulnérabilité, et de partager les ressources de soutien.


Dans une société comme la société sénégalaise, cela peut sembler compliqué, mais ce
n’est pas impossible. L’ouverture vers l’extérieur et l’évolution des mentalités amènent de
plus en plus de personnalités publiques et politiques à aborder le sujet, tout en respectant
les valeurs culturelles. Les croyances traditionnelles et culturelles restent présentes, mais la
fragilité de la santé mentale des personnes mérite une réflexion plus profonde et une
interprétation différente de celle que nos traditions lui attribuent.


Pour briser la glace, le plus difficile est souvent de trouver les mots pour commencer la
conversation. Dire simplement “j’ai besoin de te parler de quelque chose, c’est difficile pour
moi” ou “j’ai peur d’être jugé en disant ça, mais j’ai besoin d’aide” peut ouvrir la voie.

Exprimer ses émotions ouvertement permet à l’interlocuteur de comprendre l’état d’esprit et
d’être plus à l’écoute.

Appel à l’action

Il est temps de déconstruire les stéréotypes et de créer un espace où chacun peut parler
ouvertement de ce qu’il vit. La santé mentale ne fait pas de distinction : elle mérite toute
notre attention.


Sources
Enqueteplus.com – Analyse des facteurs socio‑culturels influençant la santé mentale au
Sénégal


L’Afrique Aujourd’hui – Santé mentale : défis, stigmatisation et accès aux soins


Pressafrik.com – Suicide au Sénégal


Pulse Sénégal – Données régionales sur la santé mentale