Quel impact sur la santé mentale des victimes?
La violence conjugale n’épargne personne : elle peut toucher tout individu, indépendamment de la nationalité, du rang social ou de l’âge. Au Sénégal, elle constitue un problème majeur chez les femmes. Près d’une femme sur
trois (22 % en union) a déclaré en avoir été victime au cours de l’année écoulée, et près de 70 % au cours de sa vie.
Qu’elle soit physique, psychologique ou économique, cette violence s’inscrit dans un contexte marqué par des tabous sociaux tels que le sutura (le silence pour préserver l’honneur familial) et le mugn (l’endurance face à la
souffrance). Ces normes, profondément ancrées, gouvernent depuis des générations les rapports de genre et imposent aux femmes un lourd fardeau psychologique.
Derrière les murs des concessions, dans les cours familiales ou les chambres conjugales, se jouent des scènes de violence que l’opinion publique couvre soigneusement du voile du sutura. La société justifie et encourage la patience (mugn), au nom de la dignité familiale. Mais qu’en est-il du bien-être physique et mental des victimes?
Qu’est-ce que la violence conjugale?
La violence conjugale désigne les agressions exercées par un conjoint sur l’autre dans un rapport de pouvoir inégal. Elle se distingue des simples disputes entre égaux et peut prendre plusieurs formes :
- verbales et psychologiques,
- physiques et sexuelles,
- menaces, pressions, privations ou contraintes.
Lorsqu’un ensemble de ces comportements s’installe, on parle de contrôle coercitif, qui enferme la victime dans un cycle de peur, d’isolement et de souffrance.
Que révèlent les données?
Selon l’Enquête nationale de références sur les violences faites aux femmes réalisée par l’ANSD entre 2023 et 2024 :
- 70,2 % des femmes déclarent avoir subi des violences depuis leur première union.
- 22,4 % en ont été victimes au cours des 12 derniers mois.
- Les violences psychologiques sont particulièrement répandues :
- 77,4 % des femmes en ont subi avant 18 ans, hors union.
- 80,8 % en ont subi au cours de leur vie.
- 18,2 % en ont subi au cours des 12 derniers mois.
- Concernant les violences psychologiques conjugales :
- 60,9 % des femmes en ont été victimes depuis leur première
- union.
- 18,7 % au cours des 12 derniers mois.
Ces résultats sont accablants et montrent l’impact direct de la violence conjugale sur la santé mentale des femmes. Pourtant, le silence reste la norme.
Pourquoi les victimes se taisent-elles?
La famille, censée être un lieu de sécurité et d’entraide, devient aussi un espace de tension et de violence. Les croyances socioculturelles jouent un rôle déterminant : près de la moitié des femmes estiment que ces croyances alimentent directement les violences conjugales (Ndione, 2004).
Le sutura réduit les violences à de simples « affaires familiales », tandis que le mugn pousse les femmes à supporter la souffrance pour préserver les apparences. Résultat :
- Les victimes hésitent à dénoncer par peur de la stigmatisation.
- Les violences restent confinées au domaine privé.
- Les traditions et la pression familiale cachent la réalité des victimes.
Ainsi, la femme intériorise l’idée qu’elle doit négocier avec la douleur, protéger l’image de sa famille et maintenir une façade de stabilité, même au détriment de sa santé mentale.
Sauver les apparences ou protéger la santé mentale?
Cette question est au cœur du débat. Les normes sociales qui valorisent le silence et l’endurance perpétuent la souffrance des victimes. Derrière l’image d’un foyer « stable », se cache une réalité de détresse psychologique,
d’isolement et parfois de traumatisme durable.
Comme le rappelle le sociologue Aliou Ndiaye : « Le silence tue mais ne sauve pas. »
Sauver les apparences est-elle plus importante que la santé mentale de la victime?
Sources:
Ansd,enr.vfrs 2023;
www.ands.sn;
wikipedia;
Diouf uqac_086N_11147, Perception des actrices sur le poids de l’environnement socioculturel face aux violences faites aux femmes au Sénégal;
Le silence tue mais ne sauve pas, d’après Aliou Ndiaye, sociologue.